Le feu de Naradan

extrait du journal de Tovog

Quand j’ai entendu le bruit, j’ai tout de suite reconnu le canon à chaleur de Naradan. La partie droite de son visage était hypertrophiée et très lumineuse: il brulait, et cela faisait beaucoup de fumée.

Assis sur son petit trépied rouge, alors qu’il aurait du être mort, il me parlait, il pérorait.

 » Le feu est un véhicule, comme l’herbe, mais bien plus rapide. Dans quelques minutes j’aurai atteint le nuage là haut, et alors tu verras… »

la terre

extrait du journal de Tovog (novembre 1998)

Nous avons parcouru des terres agricoles qui produisent les aliments que l’on consomme à Paris et loin de la France. Ces territoires, minuscules d’un point de vue productif, auraient pu contenir plusieurs quartiers parisiens et des milliers d’habitants.

En s’approchant (parce qu’on avait le temps) on découvrait à nos pieds des édifices végétaux et caillouteux habités, même défendus par des populations bien plus nombreuses, très différentes les unes des autres comme le gendarme à points noirs sur dos rouge qui pullule sur les troncs de tilleuls et vous regarde fixement, le cloporte du dessous humide des pierres plates, les fausses guêpes, la cicadelle qui propage la flavescence dorée, le papillon du carpocase, les fourmis, plein de fourmis.

 

extrait du journal de Tovog

Extrait du journal de Tovog (juillet 1998)

J’avais garé la 405 dans un minuscule sentier en contrebas qui pénétrait le feuillage épais des châtaigniers. Le tableau de bord indiquait 3 h 28. J’avançais à la lueur de la lune à travers bois, à travers ronces parfois.Si le parcours était hésitant, j’étais sûr de ma direction puisqu’il suffisait de grimper et j’atteindrais tôt ou tard le bas des vignes.Mes sens étaient en éveil, le toucher surtout car je tâtonnais souvent et le parfum de l’humus imprégnait ma bouche.

Soudain je me trouvais dans une petite clairière où l’herbe m’est apparue vert fluo.

La lune, je le savais, ne suffisait pas à provoquer cette clarté. Elle semblait venir de l’intérieur de l’herbe comme des micronéons qui s’adressaient à ma rétine de manière subtile.
Je voyais, mais avec une sensation inhabituelle de fraîcheur virginale.

 

Mamiwatta

– Naradan, tu dors?

– J’ai fait un rêve: j’étais engoncé dans mon apothéose au sommet d’une montagne rouge, lorsqu’une vague m’a englouti comme si l’océan avait dévoré la terre et je tournoyais dans une longue noyade bleue qui me désaltérait.

– Tu étais seul?

– J’étais nombreuse.

– Tu es un homme pourtant!

– Je m’appelais Mamiwatta.

la chanson de naradan

Naradan s’adresse aux dieux, aux dieux de la Trimurti

Naradan s’adresse aux dieux Naradan est tout petit

Naradan toute sa vie s’est prosterné jour et nuit

Naradan a tout appris, il a souffert il a grandi